Retour sur la table ronde « Faire territoire : foncier, décentralisation et logement social en Pays de la Loire »
L’USH Pays de la Loire a organisé, en marge de son assemblée générale qui s’est tenue le 10 avril à Saint-Jean-de-Monts, un débat partenarial sur le thème “Faire territoire ensemble : foncier, décentralisation et logement social en Pays de la Loire”
À cette occasion, élus, bailleurs, État et établissements fonciers ont été réunis pour débattre des conditions du faire collectif — et des fragilités qui menacent ce modèle.
Avec 1 228 communes, une culture de l’entraide ancrée dans les territoires, la région Pays de la Loire se distingue à l’échelle nationale par son engagement collectif en matière de logement. C’est dans ce contexte singulier que s’est tenue cette table ronde intitulée « Faire territoire ensemble », rassemblant quatre acteurs clés des politiques de l’habitat.
- Arnaud Hervé, responsable des politiques de l’habitat – DREAL Pays de la Loire
- Leslie Gaillard, présidente du conseil d’administration de l’EPF de la Vendée
- Jean-Luc Vidon, président de la FNAR
- Damien Martineau, président de l’USH des Pays de la Loire.

Une région Pays de la Loire qui fait exception
Les Pays de la Loire sont la seule région de France où 100% des aides à la pierre sont déléguées aux EPCI et départements. Un chiffre que Damien Martineau, président de l’USH régionale, met en avant pour illustrer une culture de la coopération rare. Arnaud Hervé, côté DREAL, confirme : le Comité régional de l’habitat parvient à répartir les enveloppes sans conflit majeur, ce qui relève presque de l’exception nationale. Les résultats sont là : les objectifs de production ont été dépassés en 2025.


Leslie Gaillard, présidente de l’EPF de Vendée, incarne cette dynamique de terrain. Après chaque renouvellement électoral, l’établissement rencontre les 150 communes et une centaine de nouveaux maires pour les accompagner dans l’élaboration de leur stratégie foncière à 10-20 ans. « Il faut que les élus s’emparent du sujet et écrivent leur stratégie dans la durée », insiste-t-elle. Un travail d’ingénierie territoriale qui fait toute la différence — notamment pour faire revenir les bailleurs sociaux dans les petits territoires, où les opérations sont moins attractives.
« Est-ce que le logement, dans ce pays, c’est un besoin essentiel ou accessoire ? Moi, je considère que c’est un besoin essentiel. Sans logement, on n’est pas intégré à la société. »
Jean-Luc Vidon, président de la FNAR


Un équilibre économique sous pression
Derrière ce tableau cohérent se cachent des fragilités réelles. Les coûts de construction ont augmenté de 50% en cinq ans, rendant certaines petites opérations non viables économiquement — même lorsque le foncier est cédé à prix réduit. L’EPF de Vendée peut céder des terrains à 20-30% de leur valeur réelle, mais cela ne suffit plus dans certains cas. Jean-Luc Vidon, président de la FNAR, pose le diagnostic sans détour : les bailleurs ne peuvent aujourd’hui ni répondre pleinement à la crise du logement ni satisfaire les objectifs du schéma national de décarbonation. Il leur manque 900 millions d’euros — le montant du désengagement de l’État via la Réduction de loyer de solidarité.
Damien Martineau identifie trois leviers pour les organismes : accroître la dette, réduire l’entretien (exclu par principe), ou vendre du patrimoine — au risque de faire sortir des logements du parc régulé. Il plaide pour une loi de programmation pluriannuelle qui donnerait enfin de la visibilité aux acteurs. Sur la VEFA, Jean-Luc Vidon met en garde : si elle permet de produire rapidement, elle éloigne les bailleurs des collectivités, appauvrit les équipes de maîtrise d’ouvrage, et créera des difficultés de réhabilitation en copropriété dans vingt ans.
Décentralisation : ni angélisme ni renoncement
La question de la décentralisation traverse l’ensemble des échanges. Jean-Luc Vidon refuse de trancher entre les scénarios possibles, mais pose une condition non négociable : un État volontaire et stratège, doté des moyens correspondants. Arnaud Hervé alerte sur un risque bien réel : celui que les spécificités régionales — rôle pivot des départements, zonage PDL modulant les loyers selon les tensions locales — ne soient pas prises en compte dans les réformes nationales. Ce qui fonctionne en Pays de la Loire n’est pas duplicable partout, et mérite d’être protégé.
Au fond, cette table ronde dessine le portrait d’une région qui a su faire du faire collectif une méthode. Mais ce modèle repose sur des équilibres fragiles — financiers, politiques, humains — qui appellent des choix clairs à l’échelle nationale. Le logement social n’est pas qu’une ligne budgétaire : c’est, comme le rappelle Jean-Luc Vidon, une condition d’intégration à la société.